La langue se charge de boue […] elle est nourrissante et perspective.1

Être explosif, peut être ici une injonction ou une définition. Avant-scène de l’avancée créative de Carole Manaranche : Une peinture contrariée comme l’exprime De Certeau 2 pour un gaucher selon lui plutôt « complété » par sa faculté d’écrire à deux mains. Une peinture ambidextre et peut-être même jouée à quatre mains, en tous cas à l’évidente musicalité. Le décor est planté, c’est une entreprise intempestive, brutalement douce, erratiquement organisée, où la fulgurance des couleurs prend parfois le pas sur l’effacement du motif, où le support résiste aux coups de semonce et se fraie un chemin pour exister, parfois en s’organisant en un dispositif à l’apparente stabilité ou restant d’autres fois dans une croissance démesurée. Au seuil de l’exposition, ne pourrait-on pas offrir cette parabole en forme de chute écrite par Samuel Beckett et que pourrait partager Carole Manaranche : à présent c’est fait j’ai fait l’image 3. Car en quoi consiste ce travail si ce n’est d’investir cet horizon imparfait, cette probable impossible perspective, celle d’être à la peinture comme on est en vie, celle qui permet au bout de longs cheminements de partager une nécessité ; appréhender nos formes poétiques.

1 L’image, Samuel Beckett, 1950, Les éditions de Minuit, Paris, éditions le Seuil, 1993

2 La Culture au pluriel, Michel de Certeau, Paris, éditions Le Seuil.1993

3 L’image, Samuel Beckett, 1950, Les éditions de Minuit, Paris, 2009

* Rencontre  40 , La Vigie, Nîmes, 2012

Poétique de l’image contrariée, Martial Déflacieux