La série photographique des Encombrants de Carole Manaranche ressemble à ses sculptures éponymes, dénuée de tout pathos, de toute préciosité ( elle est l’objet d’un slide show pléthorique plutôt qu’une sélection de tirages sophistiqués).

Ici, un tas d’ordinateurs empilés, là, une chaise de bureau à cheval sur le trottoir et la voie, ailleurs, un canapé en équilibre…c’est l’aspect formel de ces situations trouvées qui intéresse Carole Manaranche, pas leur potentiel narratif. Mais si le constat est neutre, c’est surtout parce qu’il est le témoignage d’une méthodologie qui dépasse le désir de faire de « belles images ».

C’est une question de nécessité, pas une question d’esthétique, qui en est le préambule.

Les sculptures corroborent cette idée, et viennent tout à la fois compléter et transfigurer le réel cru de la série photographique. Imbriqués, agencés, emboîtés, redoublés, le Encombrants sculpturaux sont défigurés, méconnaissables, afonctionnels, et rappellent plus d’étranges combinaisons anthropomorphiques que des éléments de mobilier.

Cloqués, englués, empâtés, ils n’en affirment pas moins leur évidence claire et aguicheuse de monochromes fluo et leur provenance du domaine de la consommation courante.

Pour Carole Manaranche, il serait impensable de les présenter isolés, il faut qu’ils soient un certain nombre, qu’ils dénigrent en se regroupant le fétichisme de l’œuvre d’art et son formalisme.

Surtout, ils témoignent du caractère exponentiel du projet des Encombrants, de son enracinement dans une durée qui dépasse à elle seule toute réussite formelle, et ramène ces sculptures au plus prés d’une dynamique vivante et délestée.

* Catalogue de l’exposition « Les enfants du Sabbat 7 », Ed. Creux de L’enfer, coédité avec l’Ecole des Beaux Arts de Clermont Communauté et l’Ecole Nationale de Lyon.

Les encombrants, Lili Reynaud Dewar